MIPIM 2026, la FIABCI à l'honneur
Cannes, du 9 au 13 mars 2026. Cette année, Cannes a vibré au rythme du MIPIM, le rendez-vous mondial des professionnels de l'immobilier, à l'occasion de sa 36e édition. Mais pour la délégation suisse, une image a immédiatement attiré l’attention dès son arrivée sur la Croisette : un immense panneau publicitaire sur la façade du Palais des Festivals rendait la FIABCI tout simplement incontournable et confirmait brillamment la présence et l’influence de la fédération internationale sur la scène immobilière mondiale. Le point d'orgue a été l'inauguration de son nouveau pavillon par FIABCI International au 3e étage du Palais des Festivals. Une formidable occasion d'accueillir la communauté immobilière mondiale et de partager les meilleures pratiques entre membres et visiteurs.
La délégation de FIABCI SUISSE est au cœur de l'action
Cette année, FIABCI SUISSE était représentée par les membres de son comité et ses partenaires de longue date. Son président, Vitali Bekker, s'est rendu à Cannes, accompagné de plusieurs membres du comité, dont Daniel Soller et Flavio Lauener (candidat), ainsi que de nos partenaires Roman H. Bolliger (Swiss Circle AG), Lars Sommerer (Swiss Proptech) et Mathias Rinka (rédaction Domblick), pour n'en citer que quelques-uns.
L'un des temps forts a été la conférence du lundi 9 mars, organisée dans le cadre de l'atelier « Housing Reboot », consacré à la recherche de solutions concrètes à la crise mondiale du logement et organisé dans le cadre de « Housing Matters! ». Ce format, qui rassemble promoteurs, urbanistes, investisseurs et décideurs publics autour de tables rondes interactives, a enregistré cette année une augmentation de plus de 50 % du nombre de visiteurs par rapport à l'édition 2025 – signe que le thème du logement est définitivement devenu la préoccupation majeure du secteur.
Les discussions ont porté principalement sur des questions structurelles : la nécessité d'intégrer les évolutions économiques, démographiques et sociétales dans une approche multidisciplinaire et multifonctionnelle ; les réglementations et autres obstacles administratifs à l'investissement qui affectent la rentabilité de la construction de logements ; la complexité réglementaire, les contraintes liées à la durabilité et la rigidité du financement bancaire, ou encore les problèmes de solvabilité des jeunes ménages ; le recours à de nouvelles formes de financement ; l'intérêt pour les projets à usage mixte, qui associent des immeubles d'habitation gérés et des liens sociaux intergénérationnels ; et enfin la priorité accordée au logement abordable (logements sociaux), un thème qui, selon les participants, a largement structuré les tables rondes de l'événement.
Trois messages clés se sont dégagés de ces débats. Le premier est clair : sans investisseurs privés, il n'y aura pas de relance de l'offre. Il est donc indispensable d’augmenter massivement l’offre locative, de l’adapter aux nouveaux besoins et de débloquer les investissements des particuliers et des institutions, grâce à un statut fiscal spécifique pour les logements en location intermédiaire – neufs et anciens. Le deuxième message appelle à lever les freins pour remettre la machine en marche : accélérer la construction de nouveaux logements, favoriser les simplifications réglementaires et développer la construction. Enfin, le troisième plaide pour une meilleure utilisation des capacités existantes en diversifiant les formes d’habitat afin de mieux répondre aux modes de vie : la mobilité résidentielle est rendue plus flexible, le parc immobilier est adapté aux besoins de la population et aux changements démographiques, la réversibilité des usages est encouragée et la conversion de bureaux en logements est favorisée.
De retour de Cannes, nous souhaitons vous faire part de nos premières impressions sur l'ambiance générale qui régnait cette année au MIPIM.
Un optimisme modéré dans un contexte marqué par de nombreuses tensions
Le sentiment général parmi les experts est celui d’un optimisme modéré. Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, les investisseurs immobiliers abordent la période actuelle avec prudence et discipline, loin de tout enthousiasme aveugle. Compte tenu de la volatilité des marchés, la prudence s'impose : alors que les flux de capitaux vers l'immobilier européen se renforcent indéniablement et que les liquidités sont disponibles, les investisseurs attendent une meilleure visibilité, notamment sur les développements géopolitiques à court terme, avant de s'engager. La concurrence entre les acteurs s'est également considérablement intensifiée, même si les stratégies d'investissement dans ce secteur n'ont pas été abandonnées.
En ce qui concerne les orientations, nous constatons que le segment résidentiel reste une classe d'actifs privilégiée : les investisseurs recherchent avant tout un revenu stable et récurrent à long terme. Malgré les obstacles administratifs, le secteur de l'immobilier résidentiel continue de bien se porter grâce à une demande soutenue et à des effets démographiques positifs. En Europe, les rendements immobiliers résidentiels ont dépassé leur moyenne à long terme de 7,8 %. En Suisse, ce rendement se situe entre 2,0 % et 4,5 % selon l'emplacement et le type de bien immobilier. La moyenne nationale suisse s'établit à environ 2,9 % (1er trimestre 2026) et, à l'échelle mondiale, l'écart est important selon les emplacements, le marché suisse étant très hétérogène : on trouve 2 % dans les principaux quartiers de Zurich et de Genève et jusqu'à 5 % dans le Jura ou la périphérie du Valais. Pour le rendement net, il faut encore déduire 1,5 à 2 points pour les charges, la gestion, l'entretien et les impôts.
La différence entre les rendements des immeubles résidentiels et des immeubles de bureaux en Suisse est considérable et reflète la divergence fondamentale entre ces deux marchés. Les immeubles de bureaux génèrent des rendements globaux plus élevés (jusqu'à 5,2 % en 2025), incluant les revenus locatifs et les plus-values. Si l'on compare les rendements bruts des logements (en moyenne 2,5 à 3,5 %) aux rendements globaux des bureaux (4 à 5 %), l'écart est d'environ 1,5 à 2 points de pourcentage. Cet écart compense le risque plus élevé et la liquidité moindre du segment des bureaux, en particulier pour les actifs vieillissants ou mal situés. Cet écart se creuse, et la polarisation entre les actifs phares (bureaux modernes et bien situés) et le reste du parc, soumis à une pression pour se transformer, s'accentue.
L'hôtellerie-restauration, les infrastructures et les centres de données complètent le tableau des classes d'actifs privilégiées.
Sélectivité, diversification, création de valeur
La sélectivité, la diversification et la création de valeur sont les principes directeurs : la gestion active des actifs et la transformation priment sur la prise de risque à court terme. L'intelligence artificielle s'impose comme un outil stratégique à part entière pour optimiser la gestion et accélérer la création de valeur. En conclusion, il est clair que, dans un marché en pleine mutation, la discipline, la résilience et l'innovation sont les clés pour transformer la volatilité en opportunités durables.
Selon le communiqué officiel du MIPIM
Les chiffres du MIPIM 2026, publiés le 13 mars par RX France, confirment l'ampleur de cette édition. Vingt mille délégués venus de 90 pays se sont réunis pour cette 36e édition, dont près d'un tiers étaient des investisseurs internationaux – une proportion qui illustre à la fois l'importance de l'événement sur le plan des transactions et son rôle de baromètre de l'économie mondiale.
Cette édition s'est ouverte par un discours liminaire du professeur Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d'économie 2025, dont l'intervention a centré le débat sur l'accélération de l'intelligence artificielle et la nécessité d'une gestion responsable au service du développement urbain durable.
Parmi les nouveautés notables, citons le RE-Family Summit, premier forum privé destiné aux family offices institutionnels de France, d'Allemagne, d'Italie, de Monaco et du Royaume-Uni, ainsi que le Data Centre Summit, lancé cette année pour la première fois et qui a affiché complet dès le début – ce qui témoigne de l'intérêt croissant des investisseurs pour cette classe d'actifs en pleine expansion.
Sur le plan diplomatique, la présence de Vincent Jeanbrun, ministre français chargé de la Politique de la ville et du Logement, aux côtés de cinq autres ministres européens et africains ainsi que des maires de Copenhague, Lisbonne, Madrid, Reykjavik, Riga, Rome et Stockholm, a confirmé la dimension politique de plus en plus affirmée du MIPIM. La France représentait 24 % des participants, ce qui en faisait la première communauté nationale représentée à cet événement.
Les MIPIM Awards ont récompensé dix projets exceptionnels dans onze catégories. Paris et Copenhague ont remporté le plus grand nombre de prix, tandis que le Sydney Fish Market s'est vu décerner le prix spécial du jury. Nicolas Boffi, directeur du MIPIM, a résumé l'esprit de la semaine : le marché immobilier a démontré sa résilience et son optimisme face à l'incertitude géopolitique, et le message unanime des délégués était l'urgence d'agir.
L'association Horizon Léman, Swiss Circle AG, Swiss Proptech, Constructives et FIABCI ont réuni les principaux acteurs du secteur immobilier suisse
La délégation suisse au MIPIM 2026 a réuni au total quelque 400 représentants, confirmant ainsi une présence d'environ 10 % par rapport à 2025. Elle s'articulait autour du partenariat stratégique entre Horizon Léman (présent au MIPIM depuis 12 ans) et Swiss Circle AG (présent au MIPIM depuis 30 ans) au sein du pavillon suisse (espace commun R7. G35).
Swiss PropTech et le thème des nouvelles technologies immobilières ont été largement représentés par ses membres et partenaires présents sur cette plateforme commune.
Ce partenariat vise à offrir une plateforme réseau unifiée couvrant l'ensemble de la Suisse et, grâce à la collaboration du CCIFS (représentant du Pavillon suisse), à fournir une infrastructure optimisée aux partenaires et aux participants.
Cette communauté a réuni des acteurs clés tels que : Swiss Life Asset Managers, Drees & Sommer Suisse, MLL Legal, EY, KPMG, NKF, JLL, CBRE ainsi que de nombreux autres gestionnaires, architectes, ingénieurs, experts et promoteurs, des banques cantonales, des fonds institutionnels et des représentants de l'État de Genève. Les discussions ont porté sur le logement et les concepts hybrides, la transformation durable des friches industrielles, les nouvelles classes d’actifs (sciences de la vie, centres de données) et l’intégration des technologies dans le cycle de vie des bâtiments. Une délégation dynamique qui illustre la résilience et la capacité d’innovation du marché immobilier suisse.
L'association Constructives, dirigée par Sidonie Morvan, également membre de FIABCI-SUISSE, est le réseau genevois des femmes actives dans le secteur immobilier. Comme chaque année, elle a organisé son traditionnel petit-déjeuner-débat. Intitulé « La production de logements à Genève d’ici 2025 », cet événement a réuni des acteurs majeurs du développement urbain genevois afin de discuter des défis futurs en matière de construction de logements.
Compte tenu de la nécessité de faire passer le parc immobilier genevois de 47 000 à 70 000 logements (soit jusqu'à 6,7 millions de m²) au cours des trente prochaines années, la collaboration entre les secteurs public et privé était plus importante que jamais. Selon l'OCSTAT, le canton pourrait accueillir entre 45 000 et 100 000 nouveaux habitants d'ici 2050 – une pression démographique qui exige des réponses à la hauteur des défis. Pour relever ce défi, les acteurs genevois se concentrent sur des projets d’envergure tels que le PAV (9 nouveaux quartiers, 30 tours, 12 000 logements) et démontrent que la vision, l’innovation et l’action collective sont au cœur de la stratégie visant à façonner la Genève de demain.
Le MIPIM 2026 aura confirmé deux tendances fondamentales : la nécessité d'un renforcement du secteur de la construction en Suisse en tant qu'acteur structurel du marché immobilier, et la mise en avant de thèmes tels que le logement abordable, les centres de données et l'intelligence artificielle, qui redéfinissent les priorités d'investissement pour les années à venir.
Rendez-vous à Cannes du 15 au 19 mars 2027 pour la 37e édition du MIPIM.
Article rédigé par Vitali Bekker, le 18 mars 2026